Entretien avec Jane McArthur, Ph.D

Aujourd’hui, nous avons le plaisir de vous faire part de notre conversation avec Jane McArthur, Ph. D., directrice du Programme de prévention de l’exposition toxique de l’ACME. Par son travail, Jane mobilise les intervenant(e)s autour des préoccupations qui ont mené à la création de l’ACME il y a 30 ans.

À l’époque, le Dr Warren Bell, qui a fondé l’ACME avec le Dr Trevor Hancock et le Dr Tee Guidotti, soignait des patient(e)s dont les problèmes de santé étaient souvent causés, selon lui, par des contaminants environnementaux. Entre 1989 et 1993, le Dr Bell et ses collègues se sont associés avec des médecins aux vues similaires, le Dr Jim Hollingworth et la Dre Jane McGillivray, qui partageaient leur frustration de voir que la communauté de la santé ne s’intéressait pas à ces problèmes. Ensemble, ces médecins ont pris les choses en main et ont élaboré une vision de la santé mondiale. C’est cette démarche qui a mené à la formation de l’ACME en 1994.

Dans les 30 années qui ont suivi, l’ACME a développé une expertise à l’intersection de la santé et de l’environnement et a pris un rôle de premier plan au Canada. Jane décrit l’influence considérable qu’a l’ACME sur les discussions de politique grâce au plaidoyer et au travail en coalition.

Karen Wirsig from Environmental Defense Canada and MP Julie Dabrusin holding a box labelled "80,000+ Letters" with Lisa Gue from David Suzuki Foundation standing behind
De gauche à droite : Karen Wirsig (Environmental Defense Canada), Lisa Gue (Fondation David Suzuki) et la députée Julie Dabrusin, le 29 avril 2024, lors de la remise de 80 000 lettres de sympathisant(e)s d’organisations non gouvernementales environnementales, dont l’ACME, réclamant un traité mondial strict pour mettre fin à la pollution plastique.

De quelle façon votre programme a-t-il nourri le soutien de notre communauté?

La communauté de l’ACME illustre bien que notre force tient à notre plaidoyer collectif et à notre esprit d’entraide. Elle se montre à la hauteur chaque fois que nous sollicitons son aide, qu’il s’agisse d’envoyer des milliers de lettres aux ministres, aux député(e)s et aux sénateur(rice)s, de partager des messages clés sur la santé et la justice sur les médias sociaux, d’amplifier nos messages et nos appels à l’action dans les médias traditionnels ou de participer à des webinaires et à des groupes de discussion. Sans parler de son appui financier, qui nous permet de réaliser tout ce travail.

Plus particulièrement, le rôle de la communauté de l’ACME a été déterminant dans les récents succès de notre programme sur les substances toxiques, notamment :

  • le plaidoyer pour la réforme de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement;
  • l’appui à la Loi sur la stratégie nationale relative au racisme environnemental et à la justice environnementale; 
  • le transfert des connaissances sur la pollution atmosphérique liée à la circulation automobile ainsi que sur les effets nocifs des matières plastiques pour la santé et la justice;
  • la création du projet Résistance locale aux énergies fossiles;
  • l’amplification du message selon lequel l’action sur la pollution plastique doit tenir compte de la santé humaine et de la justice environnementale dans le cycle de vie des plastiques, du berceau à la tombe;
  • la contribution aux discussions sur les substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (SPFA) par la lutte contre l’utilisation de pesticides, de même que l’appui d’une interdiction du glyphosate.

Les médecins et les professionnel(le)s de la santé de l’ACME, ainsi que les personnes qui nous soutiennent, ont tous et toutes répondu à l’appel! 

Quels défis avez-vous rencontrés, et comment les avez-vous surmontés?

Tisser des liens prend du temps. Et pour comprendre qui, dans le réseau de l’ACME, a l’intérêt, les connaissances et le temps de défendre les enjeux d’une campagne particulière, il faut avoir établi des relations de confiance et une bonne communication. En outre, nous devons déterminer et comprendre comment et par quels moyens la communauté de l’ACME souhaite aborder les enjeux liés aux substances toxiques dans le cadre du plaidoyer de l’ACME. Heureusement, notre équipe du Programme de prévention de l’exposition toxique prend le temps de faire connaissance avec les membres de la communauté de l’ACME tout en restant à l’affût des possibilités d’action. Grâce à elle, nous avons pu exercer une influence à des moments clés et nouer d’importantes collaborations lorsque les membres de notre communauté ont proposé leur expertise dans la prévention et la réduction de l’exposition aux substances toxiques. 

L’an dernier, le Comité de l’environnement de la Chambre des communes a procédé à l’examen article par article définitif du projet de loi S-5 dans le cadre de la modernisation de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (LCPE). À cette occasion, des dizaines de médecins et de professionnel(le)s de la santé de l’ACME ont envoyé des messages aux membres du comité pour réclamer des mesures touchant la qualité de l’air en vue d’améliorer la santé. 

Par ailleurs, les médecins de l’ACME ont uni leurs forces à celles d’organismes autochtones et de membres de la communauté afin de s’attaquer aux effets néfastes des activités d’extraction des combustibles fossiles pour la santé humaine et la justice dans le cadre du nouveau projet Résistance locale aux énergies fossiles.  

Pendant l’étude du projet de loi C-226 par le Sénat, la Loi sur la stratégie nationale relative au racisme environnemental et à la justice environnementale, la Dre Ojistoh Horn a témoigné en faveur de l’adoption du projet de loi et de sa mise en œuvre rapide. 

Lorsque le gouvernement du Canada a sollicité les commentaires dans le cadre de l’élaboration de la Stratégie nationale pour la biodiversité, la communauté de l’ACME a présenté des données probantes et des arguments de poids pour que soient inclus des éléments de santé humaine et de justice sociale. 

Et récemment, des délégations du monde entier se sont réunies au Canada pour participer à la quatrième séance de négociation d’un traité mondial sur la pollution plastique. Des membres de la communauté de l’ACME (dont la Dre Melissa Lem, la Dre Lyndia Dernis, la Dre Sharon Dodd, la Dre Sehjal Bhargava, le Dr George Kitching et le Dr Atanu Sarkar) ont profité de l’occasion pour intervenir et faire entendre leur voix. Que ce soit lors de conférences de presse, en entrevue avec les médias, dans des lettres d’opinion ou en tant que signataires – tous et toutes ont relayé le message selon lequel la santé et la justice sont des éléments clés d’une politique environnementale solide.

Qu’est-ce qui vous motive à réaliser vos objectifs de campagne ou de programme?

D’abord, je dirais que ce sont les médecins et les professionnel(le)s de la santé qui, de leur plein gré, défendent bénévolement des politiques environnementales plus strictes pour améliorer la santé et la justice. Mais je suis tout autant motivée par la volonté de s’impliquer de notre communauté élargie et de nos sympathisant(e)s lorsque nous sollicitons leur aide dans les moments stratégiques.

D’après mon expérience, les membres de la communauté de l’ACME sont prêt(e)s à s’éloigner de leurs activités habituelles et à mettre leur expertise et leur vigilance au service d’un plaidoyer plus général. Par exemple, l’an dernier, la Dre Clarissa Wallace a produit une série de puissantes réflexions et illustrations que nous avons transformées en billet de blogue. Je sais que je n’ai pas été la seule à avoir été inspirée par ses propos courageux et convaincants au sujet de l’importance du travail collectif qu’accomplit l’ACME avec sa communauté!

Qu’est-ce qui se profile à l’horizon pour notre communauté?

Par son Programme de prévention de l’exposition toxique, l’ACME veut tisser des liens avec les gens de son réseau pour amplifier la voix des médecins et des professionnel(le)s de la santé dans les activités visant à prévenir l’exposition aux produits toxiques. Nous avons besoin de votre soutien et de votre voix pour faire comprendre qu’une meilleure santé et une plus grande justice nécessitent de fortes mesures de protection environnementales.

Nous poursuivons notre plaidoyer dans le cadre d’une vaste gamme d’enjeux et de campagnes, notamment :

  • la mise en œuvre de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (LCPE) après l’adoption du projet de loi S-5; 
  • l’élaboration d’un cadre pour le droit à un environnement sain en vertu de la nouvelle LCPE;
  • l’action visant à prévenir les effets des activités d’extraction des combustibles fossiles pour la santé et la justice sociale par l’intermédiaire du projet Résistance locale aux énergies fossiles;
  • le plaidoyer contre les pesticides nocifs;
  • la promotion de la réduction de la production de plastique, ainsi que la lutte contre l’ajout de substances chimiques nocives dans les matières plastiques;
  • la mise en place de mesures légalement contraignantes sur la pollution de l’air; 
  • la prévention de la pollution de l’eau;
  • la transition vers l’évaluation des substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (SPFA), « contaminants éternels », en tant que classe; 
  • l’adoption de mesures pour prévenir l’exposition aux perturbateurs endocriniens dans les produits et l’environnement.

Comme toujours, notre approche tient compte du contexte et de l’urgence d’agir dans les domaines suivants :

  • la justice (injustice) environnementale;
  • le savoir et le consentement des peuples autochtones;
  • les changements climatiques;
  • la perte de la biodiversité;
  • le principe de précaution;
  • la prévention primaire.

 

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Jane E. McArthur, Ph.D
Directrice du programme sur les substances toxiques

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