Journée mondiale de l’environnement : Combattre la pollution du plastique pour protéger l’environnement, notre santé et la sécurité des travailleur(euse)s

Cette année, la Journée mondiale de l’environnement a pour thème #CombattreLaPollutionPlastique. Il y a tant de raisons de défendre cette cause, que ce soit pour protéger l’environnement et tous les êtres vivants de la pollution causée par la fabrication, l’utilisation et l’élimination du plastique, ou encore pour s’assurer que les personnes qui fabriquent les produits du plastique ne sont pas exposées aux substances chimiques dangereuses utilisées dans le processus.

Gagner la lutte contre la pollution plastique exigera que l’on s’attaque à tous les aspects de la « spirale mortelle » du plastique, du berceau à la tombe. En effet, de l’extraction du pétrole à l’exportation des déchets, le plastique pollue l’air que nous respirons, les aliments que nous mangeons et l’eau que nous buvons.

Ce sont 460 millions de tonnes de plastique qui sont fabriquées annuellement dans le monde, et la production est exponentielle. Les déchets de plastique à usage unique atteignent un niveau record et l’environnement en paie le prix. Un rapport souligne : « Les plastiques sont essentiellement des combustibles fossiles sous une autre forme. 98 % des plastiques à usage unique sont fabriqués à partir de ceux-ci. Ce n’est pas un hasard si ExxonMobil, l’un des plus grands producteurs de combustibles fossiles au monde, est aussi l’un des plus grands producteurs mondiaux de plastiques à usage unique. »

Malgré son utilisation répandue dans les soins de santé, le plastique n’est pas inoffensif

L’un des arguments les plus invoqués par l’industrie pour défendre le plastique est qu’il s’agit d’un véritable héros des soins de santé. Le besoin de plastique dans ce domaine signifierait que l’on ne peut pas l’interdire ou réglementer sa production. Cet argument a pour but de couper court à la discussion. Mais surtout, il fait abstraction de certains faits importants concernant les effets du plastique sur la santé.

Il est vrai que le plastique est utilisé à de nombreuses fins dans les soins de santé. Des sacs pour perfusion intraveineuse aux contenants de collecte d’échantillons, en passant par les cathéters, les seringues, les fioles et les gants, le plastique est omniprésent. Toutefois, certaines de ces utilisations impliquent des coûts pour la santé que l’industrie omet de mentionner lorsqu’elle centre ses messages autour des applications médicales.

Les dispositifs en plastique faits de polychlorure de vinyle (PVC) et contenant du phtalate de bis(2-éthylhexyle) (DEHP), utilisé pour accroître la flexibilité, inquiètent particulièrement les médecins et le personnel soignant au moment de traiter leurs patient(e)s. Le PVC, le DEHP et d’autres substances toxiques contenues dans le plastique sont nocifs pour les humains, même dans un contexte médical. Certaines populations, notamment les personnes en dialyse et les personnes hémophiles, subissent une exposition prolongée à des concentrations préoccupantes de DEHP, et les nourrissons y sont exposés à des points critiques de leur développement. Cette exposition peut mener à un éventail d’effets indésirables au niveau du foie, de l’appareil génital, des reins, des poumons et du cœur. Les bébés et les enfants en développement, notamment, sont particulièrement vulnérables aux effets sur le système reproducteur.

Le plastique nous coûte cher. Très cher. Le coût mondial du traitement des maladies liées au plastique et des efforts d’élimination des déchets dans l’environnement est estimé à un montant faramineux de 800 milliards de dollars canadiens.

Pourtant, des solutions de rechange sûres existent et commencent déjà à être mises en place dans le domaine médical. Un fournisseur de soins de santé américain a déjà éliminé l’utilisation de PVC et de DEHP dans ses sacs pour perfusion intraveineuse, et il interdit dorénavant l’acquisition de mobilier et de revêtements de sol contenant du PVC. Cette tendance devrait s’accroître.

Les personnes qui fabriquent des produits de plastique s’exposent à un cocktail de substances toxiques

Les travailleurs et travailleuses s’exposent à un niveau élevé d’agents cancérigènes, de neurotoxines, de métaux lourds, d’ignifuges, de phtalates, de bisphénols et de perturbateurs endocriniens durant la production du plastique. Rose Wickman, travailleuse retraitée de Pebra Plastics et ancienne présidente de la section locale du syndicat, fait état de fausses couches, d’hystérectomies, d’infertilité et de décès chez ses collègues. Mme Wickman s’inquiète que « personne n’écoute les travailleurs et travailleuses », et elle n’est pas la seule.

Les femmes, les personnes racisées et les Autochtones subissent de façon marquée les effets nocifs sur la santé de la fabrication du plastique et de l’exposition au plastique dans les biens de consommation ou leur emballage. À Sarnia, en Ontario, où l’on trouve l’un des plus grands tissus d’entreprises manufacturières de ce secteur, les travailleurs et travailleuses ainsi que les communautés avoisinantes, notamment la Première Nation d’Aamjiwnaang, souffrent de l’exposition à des gaz toxiques, à des résidus chimiques et à la pollution atmosphérique.

Le plastique envahit les épiceries, et nos aliments ne sont pas épargnés

La pollution plastique ne s’arrête pas là. Avec plus de 70 pour cent des produits d’épicerie qui sont emballés dans du plastique, l’exposition à des matières toxiques est devenue inévitable pour les consommateurs et consommatrices ordinaires. La pollution plastique est un risque pour la santé publique qui préoccupe de plus en plus de gens au Canada, certaines populations étant plus à risque que d’autres. Le haut niveau de perturbateurs endocriniens présents dans le plastique nuit de manière disproportionnée aux personnes ayant un système reproducteur ovarien, par exemple.

La santé humaine étant en jeu, le gouvernement doit mieux faire pour retirer le plastique des rayons et des milieux de soins de santé lorsque cela est possible. Avec les récentes modifications de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement, qui comprend le droit à un environnement sain pour la toute première fois dans une loi fédérale, la réduction des plastiques n’est pas seulement une possibilité, mais aussi un droit à reconnaître pour le bien de la santé humaine et planétaire. Mais cela ne suffit pas.

Les solutions sont claires; il faut agir, ensemble

Les gouvernements, réunis à Paris la semaine dernière pour poursuivre les négociations autour d’un traité mondial contre la pollution plastique, doivent s’engager à conclure un accord ambitieux pour réduire considérablement la production du plastique dans le monde, cesser l’extraction du pétrole et du gaz naturel, interdire totalement les plastiques à usage unique, construire des systèmes de remplissage et de réutilisation à grande échelle, et demander des comptes aux grands pollueurs comme Exxon (le principal actionnaire de la pétrolière canadienne Impériale) qui placent les profits avant les gens.

Le gouvernement du Canada doit également continuer de faire pression pour éliminer les plastiques à usage unique, abolir progressivement les substances chimiques dangereuses liées au plastique et remplacer les emballages, au besoin, par des systèmes de réutilisation et de remplissage.

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