La pollution plastique : Ensemble, protégeons la planète de la pollution plastique!

Par Jane McArthur, directrice du Programme sur les substances toxiques | 17 juin 2024

Je suis toujours enchantée de communiquer de bonnes nouvelles et de souligner la valeur de nos efforts collectifs de plaidoyer. Je suis ravie de constater que plusieurs membres de la communauté de l’ACME se sont mobilisés avec enthousiasme pour freiner la pollution plastique. C’est toutefois avec un optimisme prudent que nous attendons l’adoption imminente d’un traité mondial contre la pollution plastique et la mise en œuvre de mesures visant à remédier à cet enjeu dans ce pays qu’on appelle le Canada.

La crise du plastique illustre de façon exemplaire l’interconnexion entre différents domaines. Vue sous le prisme de la santé planétaire, elle montre à quel point la santé humaine et la santé de la planète sont inextricablement liées. 

Cette année, le thème du Jour de la Terre était La planète face à la pollution plastique, et la date coïncidait avec le quatrième cycle de négociations internationales sur un traité mondial contre la pollution plastique. Lors de ces séances, qui ont eu lieu au Canada, des personnes dévouées à la cause ont attiré l’attention sur les mesures qui doivent être adoptées pour redresser la situation.  

Évidemment, la communauté de l’ACME s’est élevée pour demander au Canada d’aborder les enjeux de santé et de justice dans les traités mondiaux et les actions nationales de lutte contre la pollution plastique.

Dr. Lyndia Demis talking in a video webinar

« Nous faisons face à une véritable crise sanitaire », a déclaré la Dre Lyndia Dernis, membre de l’AQME, lors d’une conférence de presse s’étant déroulée le 11 avril avant les négociations. La Dre Dernis a également affirmé que le gouvernement du Canada doit restreindre la production de matières plastiques, éliminer les additifs toxiques dans les plastiques et prendre des mesures IMMÉDIATES pour protéger la santé des personnes les plus exposées.

Les données probantes sans cesse croissantes sur la nocivité des matières plastiques nous obligent à agir. À chaque étape de son cycle de vie, le plastique et ses composants nuisent à la santé humaine. Les personnes sont exposées au plastique et à ses composants toxiques de multiples façons, ce qui entraîne des conséquences sanitaires variables selon le stade de la vie, du fœtus à l’âge adulte. 

Les personnes ayant pris part aux négociations à Ottawa en sont venues à un accord : la pollution plastique doit être enrayée. Cependant, l’industrie de la pétrochimie et des combustibles fossiles tente d’entraver les progrès de cette lutte.

Profile photo of CAPE Board Member, Dr George Kitching

À cet égard, voici ce qu’ont déclaré la Dre Dernis et le Dr George Kitching, membre du conseil d’administration de l’ACME, dans une tribune publiée le 30 avril dans le National Observer : « Depuis des décennies, les entreprises du secteur des plastiques ont recours à des pratiques d’écoblanchiment pour freiner toute avancée et tirent profit de la production exponentielle de matières plastiques. Bien que les plastiques soient présentés comme recyclables, plus de 90 % de ceux-ci se retrouvent dans les sites d’enfouissement et les incinérateurs, les parcs et les espaces publics, les cours d’eau et les océans, et même dans le corps humain. »

Cette forme de pollution a d’énormes répercussions sur la population et constitue une véritable crise sanitaire à l’échelle de la planète.

Dans sa tribune publiée le 23 avril, la Dre Sharon Dodd, membre du comité régional de la Colombie-Britannique, affirme qu’elle est particulièrement préoccupée par les risques graves que représente le plastique pour la santé humaine et par les effets néfastes qu’il entraîne sur tous les écosystèmes du monde. Comme l’explique la Dre Dodd, les implications sont également sociales et juridiques : « Les effets de la pollution plastique sur la santé humaine relèvent des droits de la personne et de l’injustice environnementale. Ces effets touchent les personnes qui vivent à proximité des sites d’extraction de combustibles fossiles et celles qui travaillent dans des usines de production de matières plastiques, en raison de la contamination de l’air et de l’eau ».

Les enfants, les personnes racialisées, les Autochtones, les personnes s’identifiant comme femmes et les travailleur(euse)s subissent de manière disproportionnée les conséquences du plastique sur la santé. L’exposition à des produits chimiques toxiques associés au plastique tout au long de son cycle de vie augmente également la vulnérabilité des personnes les plus touchées par les effets des changements climatiques. De plus, les additifs chimiques représentent un enjeu préoccupant avant même la fabrication des plastiques, des produits et des emballages. Les communautés et les travailleur(euse)s de première ligne sont en effet exposés aux effets néfastes du plastique à toutes les étapes de son cycle de vie.

Photo of CAPE Board Member, Dr. Sehjal Bhargava speaking at a press conference in Ottawa

Lors d’une conférence de presse tenue à Ottawa le 25 avril, Sehjal Bhargava, membre du conseil d’administration de l’ACME, s’est ralliée à ses pairs, communiquant ses inquiétudes de façon éloquente : « En tant que médecin de famille, je traite des personnes enceintes et des enfants de tous âges. Les enfants sont en contact avec le plastique et ses sous-produits comme jamais auparavant, ce qui les expose à des facteurs de risque. De plus, les effets à long terme sur leur santé ne sont pas encore totalement connus, et les données probantes actuelles sont peu encourageantes », a-t-elle déclaré.

Karen Wirsig from Environmental Defense Canada and MP Julie Dabrusin holding a box labelled "80,000+ Letters" with Lisa Gue from David Suzuki Foundation standing behind

Les médecins et l’ensemble de la communauté de l’ACME ont joué un rôle déterminant dans cette lutte en diffusant d’importants messages, notamment : un document d’information sur l’incidence de l’exposition au plastique et à ses composants chimiques sur la santé humaine et la justice; une action en ligne ajoutée aux mesures d’autres organismes environnementaux non gouvernementaux; une pétition de 80 000 signatures remise à la députée Julie Dabsusin, qui visait à susciter des interventions pour mettre un terme à la pollution plastique; une entrevue accordée à CBC par la directrice du Programme sur les substances toxiques, Jane McArthur, qui aborde les liens entre le plastique et la Première Nation Aamjiwnaang; et un communiqué de presse sur la poursuite judiciaire en cours concernant l’ajout des plastiques à la liste des produits toxiques de la LCPE. L’ACME continuera à demander au Canada d’assumer ses responsabilités et de remédier aux conséquences de la pollution plastique sur la santé humaine et la justice sociale.

Notre voix compte et peut faire toute la différence!

L’ACME ainsi que 113 organisations, groupes de la société civile et communautés de première ligne ont signé une lettre ouverte en solidarité avec la communauté de la Première Nation Aamjiwnaang. Cette lettre adressée au ministre canadien de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, demande au gouvernement fédéral de prendre des mesures immédiates pour lutter contre les dangereux composés organiques volatils (COV) provenant de l’usine de fabrication de plastique Ineos Styrolution. Le 17 mai, le ministre Guilbeault a pris un arrêté d’urgence, porté à la connaissance de l’industrie pétrochimique à Sarnia, en Ontario, afin de pallier la grave menace sanitaire que représentent les COV, y compris le benzène, émanant de ces installations.

Facebook post of photo of group of people at Aamjiwnaang First Nation, holding banner: "Let Aamjiwnaang breathe! Shut Ineos down"

Une lettre ouverte signée par l’ACME et six millions de professionnel(le)s de la santé a également été présentée aux personnes ayant pris part aux négociations sur le traité contre la pollution plastique à Ottawa. Nous avons fait valoir qu’un traité qui protégera la planète préservera aussi la population, et nous continuerons à faire pression pour que la santé humaine soit prise en compte dans l’éventuel accord international exécutoire.

Les pays doivent parvenir à une entente mondiale d’ici la fin de l’année. À cet effet, la prochaine phase des négociations aura lieu en novembre 2024, en Corée. Un traité mondial rigoureux doit être adopté au nom de la santé et de la justice, et nous ne laisserons pas les intérêts de l’industrie l’affaiblir!

Entre-temps nous devons continuer à mettre en lumière les liens entre les polluants issus des plastiques, la santé humaine et la justice environnementale. Consultez la page sur le plastique sur le site Web de l’ACME pour obtenir des mises à jour sur ce dossier. Si vous n’avez pas encore envoyé une lettre aux principaux ministres responsables des actions liées à la pollution plastique au Canada, prenez une minute pour le faire en cliquant ici.

Continuons à nous serrer les coudes pour convaincre le gouvernement du Canada à prendre des mesures immédiates qui limiteront la production de matières plastiques, élimineront les additifs toxiques (p. ex. phtalates, bisphénols, substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, produits ignifuges, métaux lourds) et protégeront la santé des personnes susceptibles des plus grands préjudices.

Ensemble, nous poursuivrons notre combat contre la pollution plastique pour protéger la planète et préserver la santé de toute la population.

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