Nous vous présentons aujourd’hui le premier de quatre entretiens menés auprès de la direction des programmes de l’ACME, qui nous invite dans les coulisses des projets en nous révélant des détails inédits! Commençons par Leah Temper, Ph. D., directrice de la campagne Les publicités sur les combustibles fossiles nous rendent malades.

Comment votre campagne ou votre programme a-t-il pris de l’ampleur grâce au soutien de la communauté?
La campagne Les publicités sur les combustibles fossiles nous rendent malades est menée et a été continuellement soutenue par des médecins, ainsi que par la communauté des professionnel(le)s de la santé au sens large. Plus de 30 des organisations en santé les plus importantes et les plus influentes au pays l’appuient! Elle fait progresser la lutte contre le dangereux phénomène de désinformation climatique et contribue à restreindre la promotion des combustibles fossiles, qui sont à l’origine des changements climatiques.
Les médecins et les professionnel(le)s paramédicaux de l’ACME soutiennent la campagne de plusieurs façons, notamment en agissant comme porte-parole et lobbyistes, en signant et en partageant les appels à l’action et en créant des récits et des vidéos percutants. Les excellentes dépêches du Dr Joe Vipond, ancien président de l’ACME, dans le cadre de la série « Debunktion Junction » sur la COP28, en sont un bon exemple. Pouvez-vous croire que notre pétition sur le projet de loi d’initiative parlementaire visant l’interdiction de la publicité sur les combustibles fossiles a recueilli près de 10 000 signatures? Une chose est claire : les activités de mobilisation publique de l’ACME portent fruit!
Plus récemment, à Ottawa, plus de 23 groupes (dont 11 œuvrant dans le secteur de la santé) ont signé une lettre exhortant la ville à revoir sa politique publicitaire sur les publicités relatives aux combustibles fossiles. Le Parti vert de la Colombie-Britannique s’est également inspiré de notre campagne et a déposé un projet de loi d’initiative parlementaire en vue de restreindre la publicité pour les combustibles fossiles et l’écoblanchiment dans la province. Nous donnons l’exemple en nous appuyant sur des données probantes en santé, et ainsi, nous traçons de nouvelles voies en matière de plaidoyer et faisons progresser notre cause.
Quels sont les défis que vous avez rencontrés et comment les avez-vous surmontés?
Notre campagne fait des vagues et suscite une vive réaction de la part du lobby du pétrole et du gaz. À la suite du dépôt par le député Charlie Angus du projet de loi C-372, la Loi concernant la publicité relative aux combustibles fossiles, une contre-campagne bien financée a été lancée pour miner nos efforts et occulter nos messages sur la santé. Les principaux arguments de cette riposte sont mensongers et visent à provoquer la colère, mais les professionnel(le)s de la santé de l’ACME continuent à se concentrer sur leur objectif : informer la population des conséquences indiscutables de la publicité pour les combustibles fossiles sur la santé et le bien-être collectif.
Qu’est-ce qui vous motive à poursuivre les objectifs de votre campagne?
Notre travail ne fait pas que des vagues au Canada : il inspire et mobilise les professionnel(le)s de la santé et les activistes du monde entier à militer pour freiner la promotion des combustibles fossiles et l’écoblanchiment. En effet, des groupes provenant de pays (Afrique du Sud, Pays-Bas, États-Unis) répartis sur trois continents ont communiqué avec nous pour obtenir notre avis sur le lancement de campagnes publicitaires axées sur la santé!
En avril, j’ai eu l’occasion de participer à une réunion internationale à Bruxelles, qui a rassemblé des personnes qui luttent contre la publicité diffusée par des industries très polluantes. Le premier jour de la réunion, j’ai présenté une séance sur les réussites de ce mouvement. En réseautant, j’ai également appris que l’Irlande avait récemment déposé un projet de loi d’interdiction de la publicité similaire à notre projet de loi d’initiative parlementaire. De plus, on a fait appel à l’expertise de l’ACME pour faire progresser une initiative axée sur la santé visant à interdire la publicité à l’échelle de l’Union européenne. Ces victoires et ces vagues de soutien à l’échelle mondiale nous permettent de gagner du terrain et nous donnent l’élan nécessaire pour faire en sorte que les entreprises qui pratiquent l’écoblanchiment publicitaire soient forcées de rendre compte des effets négatifs qu’elles entraînent sur la santé et l’avenir de l’ensemble de la population.
Quelles sont les prochaines étapes et comment notre communauté peut-elle y contribuer?
Nous souhaitons attirer l’attention sur trois initiatives clés :
Premièrement, nous faisons d’importants progrès en ce qui a trait à l’écoblanchiment. En effet, notre proposition d’amendements à la Loi sur la concurrence, qui souligne explicitement la nécessité d’étayer les affirmations liées à l’environnement par des tests, fait actuellement l’objet d’un examen par le Comité des finances. Le commissaire de la concurrence s’est d’ailleurs prononcé publiquement en faveur de notre proposition. Lors de mon récent témoignage devant le Comité permanent des finances du Canada, j’ai fait valoir que nous devions renforcer les dispositions relatives à l’écoblanchiment dans la loi (projet de loi C-372), et que d’autres mesures complémentaires étaient aussi nécessaires.
Deuxièmement, les enfants sont parmi les plus vulnérables aux conséquences de la désinformation et, malheureusement, ils sont de plus en plus souvent la cible d’entreprises de combustibles fossiles, qui mènent des campagnes de désinformation en ligne et par l’intermédiaire des programmes scolaires. En collaboration avec l’organisme For Our Kids, nous lutterons contre ces publicités commerciales, qui n’ont pas leur place dans nos écoles. Il n’est pas sage ni juste que les entreprises de combustibles fossiles éduquent nos enfants sur les problèmes environnementaux et de santé qu’elles-mêmes ont causés.
Finalement, le projet de loi C-372, la Loi concernant la publicité relative aux combustibles fossiles, a franchi l’étape de la première lecture le 5 février et nous pensons qu’il sera déposé à la séance d’automne. Tout au long du printemps, de l’été et de l’automne, nous intensifierons nos communications avec les député(e)s. Nous vous invitons à nous prêter main-forte en discutant avec vos représentant(e)s pour obtenir leur soutien!

Leah Temper, Ph.D
Directrice du programme sur les politiques économiques et de santé
