Mort d’oiseaux dans les bassins de résidus de CNRL : un nouvel échec de l’AER intensifie les inquiétudes pour les communautés environnantes

Un « développement » destructeur

La compagnie pétrolière Canadian Natural Resources Ltd (CNRL) a annoncé la semaine dernière qu’elle faisait appel d’une amende réglementaire de 278 000 $ après la mort de centaines d’oiseaux dans l’un de ses bassins de résidus toxiques en Alberta l’année dernière.

Plus de 400 goélands de Californie sont morts après avoir été exposés à l’eau contaminée. Ces oiseaux avaient atterri sur une île formée dans l’un des bassins de résidus de l’entreprise. Selon les protocoles internes de CNRL, de telles îles doivent être détruites afin d’empêcher les oiseaux d’y atterrir.

Partagez notre Lettre conjointe : De nouvelles recherches révèlent la négligence de l’Alberta Energy Regulator (disponible en anglais ici), sur les réseaux sociaux ou directement avec les dirigeants albertains mentionnés dans notre appel à l’action ci-dessous, afin d’exiger une véritable reddition de comptes.

Un régulateur complice, captif et corrompu

Les actions de la CNRL ne sont pas seulement irresponsables, elles mettent aussi en lumière une menace massive et largement méconnue pour les oiseaux migrateurs en Amérique du Nord. Les sables bitumineux de l’Athabasca se trouvent sur une voie migratoire essentielle, et la protection des espèces qui survolent la région est une condition d’octroi des licences pour tous les producteurs de pétrole. Or, la réponse tardive de la CNRL, l’insuffisance des mesures d’atténuation et la surveillance négligeable du Régulateur de l’énergie de l’Alberta (AER) illustrent une tendance préoccupante. La plupart des morts d’oiseaux passent inaperçues et ne sont pas signalées.

Selon des données de 2012 du Programme régional de surveillance des oiseaux des sables bitumineux, 40 % des oiseaux observés à proximité des bassins de résidus se sont posés sur ceux-ci, ce qui représente environ 30 000 oiseaux par an.

Des inquiétudes grandissantes pour la santé des communautés

Le public doit prendre conscience de ce problème. La CNRL ne doit pas échapper à sa responsabilité. Si la mort de ces oiseaux est en soi inacceptable, elle soulève également de vives préoccupations quant aux risques pour l’ensemble des êtres vivants, y compris les communautés avoisinantes et celles situées en aval.

« Il n’est pas difficile d’imaginer à quel point les humains – nos patient(e)s, nos familles et nos communautés – peuvent être affecté(e)s par les mêmes polluants toxiques dans l’eau et l’air qui tuent ces oiseaux. Avoir accès à de l’air et de l’eau propre est un déterminant fondamental pour la santé. Afin de protéger notre bien-être collectif, les Albertain(e)s doivent exiger un organisme de réglementation de l’énergie qui valorise la santé publique tout en assurant une véritable reddition de comptes, tant de la part du gouvernement que de l’industrie. »

— Dre Julia Sawatzky, co-présidente de CAPE Alberta

Les animaux souffrent des mêmes maladies que les humains. Leur souffrance ou leur mort peuvent être des indicateurs de dangers environnementaux et doivent être perçus comme un signal d’alarme appelant à des interventions en santé publique et en protection de l’environnement – tel un canari dans une mine de charbon.

Les recherches sur les impacts de l’industrie pétrolière et gazière sur les animaux, tant sur le terrain qu’en laboratoire, mettent en évidence des effets néfastes mesurables sur leur santé, résultant d’une exposition directe, d’une toxicité aiguë, de modifications environnementales et d’un stress physiologique accru. Les événements sentinelles observés chez les animaux peuvent servir d’alerte précoce aux dangers pour la santé humaine, à l’échelle locale comme planétaire.

Le cadre de la santé planétaire repose sur une compréhension essentielle : tout est interconnecté. Porter atteinte à l’environnement et aux espèces animales constitue aussi un danger pour la santé humaine et pour notre droit fondamental à un environnement sain.

Nous payons le prix pendant que les pollueurs encaissent

Depuis 2023, le coût estimé du nettoyage des dommages environnementaux causés par l’industrie pétrolière et gazière au Canada s’élevait à 123 milliards de dollars et continue d’augmenter. Pourtant, l’industrie n’aurait qu’à débourser entre 20 et 37 % de ses profits pour couvrir ces coûts.

En autorisant la CNRL à contester une amende de 278 000 $ – une amende déjà réduite de manière significative – pour avoir causé morts et destruction, nous créons un précédent dangereux. Cela signifie que les Canadien(ne)s devront payer pour les dommages environnementaux et sanitaires causés par les entreprises polluantes.

L’Alberta prétend mettre de l’argent de côté pour couvrir ces dégâts grâce à son Mine Financial Security Program. Pourtant, un rapport récent a révélé que sa mauvaise gestion persistante expose les Albertain(e)s au risque d’avoir à assumer les coûts de nettoyage des mines de sables bitumineux, qui menacent de causer des dommages environnementaux irréversibles – incluant 1.6 milliard de litres de résidus toxiques qui continuent de s’accumuler.

L’Alberta n’a pas appliqué le principe du pollueur-payeur. Au contraire, les entreprises polluantes peuvent se contenter d’amendes minimales, et uniquement lorsque la pression publique est suffisante. Cet événement en est une nouvelle preuve : la CNRL et d’autres compagnies continueront d’échapper à leurs responsabilités tant et aussi longtemps que les règles du jeu ne changeront pas.

Rejoignez notre appel et exigez un véritable changement de la réglementation énergétique en Alberta

Aux côtés d’organisations environnementales et autochtones, incluant l’ACME, nous demandons la démission du PDG et des membres du conseil d’administration de l’AER, tous liés à l’industrie pétrolière et gazière. Cette demande s’appuie sur de nouvelles recherches révélant que 97 % des déversements de résidus n’ont pas été inspectés par l’AER, parmi d’autres manquements graves.

Les amendes ne suffiront pas. Seule une réforme en profondeur du régulateur provincial de l’énergie permettra d’assurer une surveillance juste et efficace. Or, le nouveau PDG de l’AER provient d’une entreprise comptant 500 puits de pétrole et de gaz inactifs, ce qui anéantit tout espoir d’une régulation impartiale et efficace.

Les nouvelles nominations au conseil d’administration doivent refléter une gouvernance partagée avec les communautés autochtones et être indépendantes des entreprises de combustibles fossiles.

Merci de partager notre lettre conjointe et de l’envoyer directement aux responsables suivants :

Honourable Rebecca Schulz
Ministre de l’Environnement et des Aires protégées | Gouvernement de l’Alberta
epa.minister@gov.ab.ca

Honourable Brian Jean
Ministre de l’Énergie et des Minéraux | Gouvernement de l’Alberta
minister.energy@gov.ab.ca

Laurie Pushor
Président et PDG | Alberta Energy Regulator
laurie.pushor@aer.ca

Duncan Au
Président du conseil d’administration | Alberta Energy Regulator
duncan.au@aer.ca 

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