Leçons tirées de notre Programme de formation en plaidoyer et mobilisation

Par Kiemia Rezagian, Directrice de la mobilisation et de la formation

Il y a plusieurs années, lors de violents incendies de forêts survenus en Alberta, la Dre Anna Serebrin, résidente au sein d’une unité néonatale de soins intensifs où elle s’occupait de bébés prématurés, s’est sentie impuissante tant l’air était irrespirable.

« Nous étions capables de gérer bon nombre de facteurs environnementaux, mais cette situation nous a complètement dépassés », se remémore la Dre Serebrin, aujourd’hui hématologue pédiatrique à l’Université de l’Alberta. « Bien que nous disposions de nombreuses ressources pour soigner nos patients malades, nous n’avions aucun contrôle sur un élément pourtant fondamental : l’air que nous respirons. »

Des années plus tard, la Dre Serebrin a rejoint le comité régional de l’ACME en Alberta, puis la première cohorte du Programme de formation en plaidoyer et mobilisation (PPM).

Ce programme a marqué un véritable tournant dans sa vie. Le partage d’expérience et les échanges avec d’autres professionnel(le)s de santé engagé(e)s au sein de l’ACME ont renforcé sa conviction quant au rôle central des prestataires de soins de santé dans la promotion de la santé planétaire. À la suite de sa participation au PPM, la Dre Serebrin a créé un nouveau stage clinique axé sur la santé planétaire.

Le PPM lui a non seulement permis de consolider le lien entre la santé de nos écosystèmes et celle de nos patient(e)s et de nos communautés, mais également de comprendre l’importance du rôle qu’elle-même et d’autres professionnels de santé pouvaient jouer dans ce domaine.

« La formation dispensée par l’ACME m’a donné la confiance nécessaire pour m’engager dans cette voie, même si cela semblait un peu éloigné de l’hématologie pédiatrique, explique-t-elle. En tant que médecin, c’est un domaine dans lequel je pouvais apporter ma contribution. »

Au beau milieu d’une pandémie mondiale, alors que nous traversions une période marquée par la morosité et le pessimisme, le témoignage de la Dre Serebrin m’a profondément touchée. Dans mon travail, j’ai souvent le sentiment de mener un combat sans fin, dont les résultats ne sont pas toujours visibles. Mais à travers le PPM, j’ai eu le privilège de rencontrer 130 professionnel(le)s de santé, comme la Dre Serebrin, qui se soucient tellement des autres qu’ils et elles ont consacré pendant des mois le peu de temps libre dont ils disposaient à se former dans le but de défendre les intérêts des populations et de la planète.

Le PPM, un programme de renforcement des capacités visant à former des professionnel(le)s de la santé aux thèmes liés à la santé planétaire et au plaidoyer, a été dispensé par l’ACME entre 2022 et 2025. Comprenant plusieurs volets — techniques de communication, relations avec les médias et relations avec les pouvoirs publics — cette formation a également permis aux participant(e)s de découvrir les campagnes menées par l’ACME et d’organiser 78 réunions avec des responsables politiques au niveau fédéral. Bon nombre ont ensuite endossé des rôles de premier plan dans le domaine de la santé planétaire, tant au sein qu’en dehors de l’ACME. Nous avons eu le privilège de voir ces personnes remarquables et bienveillantes s’épanouir pour devenir des figures inspirantes et audacieuses, des leaders au sein de leur communauté, des porte-parole médiatiques, et bien plus encore.

Quatre personnes discutent entre elles, debout en cercle lors d’un événement PPM en intérieur.Kiemia Rezagian (de face) discute avec des participant(e)s lors de l’événement de lancement de la troisième promotion du PPM à Toronto, en 2024.

Le Programme de formation en plaidoyer et mobilisation s’est révélé un véritable catalyseur de changement pour l’ACME. Nous avons suivi et évalué attentivement nos progrès et nos apprentissages que nous présentons aujourd’hui dans un rapport complet disponible ici (en anglais). Ce rapport comprend une analyse détaillée de la théorie du changement du PPM, un bilan des résultats obtenus (réponse : oui, les objectifs ont été atteints!) et les enseignements tirés tout au long du programme. Je vous invite à consulter le rapport pour découvrir tous les détails, mais je me permets de mettre l’accent sur quelques points dont je suis particulièrement fière :

  • Le PPM a mis en avant le rôle central de la justice environnementale pour l’ACME et l’importance de prioriser ce thème dans l’ensemble de notre organisation et de nos campagnes. Parmi les trois cohortes, 100% des participant(e)s ont reconnu avoir amélioré leur approche à la santé planétaire en intégrant les questions d’équité et de justice.
  • Le PPM a accru la visibilité de l’ACME sur la Colline du Parlement et a permis de bâtir des relations importantes à l’appui de nos campagnes. En 2025, l’ACME était le troisième groupe de pression le plus actif dans le domaine de la santé au Canada.
  • Au fil des cohortes, le PPM a attiré des profils plus diversifiés et plus jeunes, élargissant ainsi la portée de l’ACME.
  • Parmi les participant(e)s, bon nombre ont accédé à des postes de direction dans des universités, des organismes de santé ou au sein même de l’ACME, en tant que président(e)s de comités régionaux. Certain(e)s contribuent régulièrement dans les médias et/ou mènent des initiatives locales au sein de leurs communautés ou d’hôpitaux.

Prochaines étapes

Depuis le lancement du PPM en 2022, l’ACME a beaucoup évolué. Les effectifs du personnel ont quadruplé et des centaines de bénévoles nous ont rejoints. Nous avons formulé une théorie du changement et avons déterminé les grands thèmes qui permettront d’opérer un changement social, culturel et politique. Dans ce nouvel environnement, nous améliorons notre offre de formation dans le but d’appuyer un mouvement croissant de médecins engagé(e)s pour la santé planétaire.

Voici quelques projets sur lesquels nous travaillons :

  • Intégration. Nous développons une formation initiale afin que toute personne nouvellement inscrite à l’ACME puisse découvrir nos activités et savoir comment s’impliquer. 
  • Formation et ressources asynchrones. Nombre d’entre vous nous ont écrit pour manifester leur souhait de participer au PPM sans pouvoir s’engager à y consacrer le temps nécessaire. Nous développons actuellement des ressources en libre accès pour permettre au plus grand nombre de se former à leur rythme.
  • Caucus autochtone. Ce caucus est un espace d’échanges dédié aux médecins autochtones, aux médecins exerçant dans les communautés autochtones, ainsi qu’à leurs allié(e)s afin de partager leurs connaissances, de promouvoir le changement et d’élaborer des stratégies de défense des intérêts en matière de santé autochtone en lien avec l’environnement au Canada. Nous accordons une attention particulière à la création et au renforcement du caucus.

Chaque fois que nous avions accueilli une nouvelle cohorte, nous rêvions de l’avenir que nous pouvions bâtir ensemble. Voici la question que nous posions à chaque participant(e) :

« Chaque enfant a le loisir de jouer dans la nature avec d’autres enfants près de chez lui. » 

« Un monde dans lequel l’expérience humaine et les liens sociaux sont plus valorisés que la quête de pouvoir et d’influence. »

« L’air est pur et frais et le monde est verdoyant. »

« La joie l’emporte sur l’anxiété. » 

« Le monde a trouvé son équilibre et tous les êtres vivants jouissent de la sécurité, de la santé et de la justice. »

Nous traversons une période politique troublée où chaque matin semble apporter son lot de crises nouvelles ou aggravées. Mais ces versions imaginées de l’avenir ne sont pas irréalisables. Aujourd’hui plus que jamais, nous devons unir nos forces et rallier davantage de personnes à notre cause. C’est le courage et l’humanité d’individus comme ceux que j’ai rencontrés grâce au PPM qui me donnent la détermination et la force nécessaires pour aller de l’avant. Les pouvoirs corporatifs financent nos divisions et tirent profit de nos querelles? Soit. Nous ne les laisserons pas gagner.

Le chemin à parcourir n’est pas des plus aisés, mais nous l’empruntons ensemble. Aussi chaotique et compliqué que soit l’avenir qui nous attend, il peut aussi être plus beau, plus sûr et plus libre.

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