Par : Dr Donald Cole, MD, FRCP(C)
Le mois de Juillet Sans Plastique approche. En tant que médecin, je souhaite vous partager certaines choses que j’ai comprises sur le plastique et vous demander d’agir.
Aujourd’hui, les oncologues qui traitent des jeunes femmes atteintes d’un cancer du sein sans antécédents familiaux s’interrogent sur les facteurs environnementaux pouvant expliquer cette tendance. Des anesthésistes dans les unités néonatales s’inquiètent de l’exposition des bébés prématurés aux plastiques et des effets sur leur santé reproductive future. Des médecins de famille expriment leurs préoccupations concernant les communautés vivant à proximité d’installations industrielles, où l’exposition au benzène, issu de la fabrication du plastique, pourrait être liée à des cancers et autres problèmes de santé.
Des additifs chimiques présents dans les plastiques aux microplastiques et aux perturbateurs endocriniens (désormais détectés dans le placenta), le lait maternel et le sang humain, la portée du plastique et de ses effets nocifs est omniprésente. Nos corps sont devenus des dépotoirs pour les produits et les déchets lucratifs de l’industrie pétrochimique. Avec une production de plastique qui devrait tripler d’ici 2050, nous sommes face à une catastrophe sanitaire et environnementale croissante, et à une série d’injustices environnementales. En tant que médecins, nous reconnaissons que la pollution plastique n’est pas qu’un problème esthétique : c’est une menace grave pour le développement humain, la reproduction et la santé à long terme.
Ces réalités sont bien documentées dans le film Plastic People. Si vous ne l’avez pas encore vu, peut-être que votre engagement pour Juillet Sans Plastique pourrait commencer par le visionner sur The Nature of Things, via CBC GEM. Ce film a élargi ma compréhension de l’impact généralisé du plastique.
Dr Donald Cole (à l’extrême gauche) lors d’une projection de Plastic People à Alliston, en Ontario
Fin mars, Helen Doyle, collègue en santé publique et membre active du Partenariat canadien pour la santé des enfants et l’environnement (PCSEE), m’a invité, en tant que médecin affilié à l’Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME), à participer à un panel post-projection du documentaire Plastic People. J’y rejoindrais Helen ainsi que Karen Wirsig d’Environmental Defence Canada, qui avait assisté en tant qu’observatrice, aux côtés de mes collègues docteurs de l’ACME Sharon Dodd et Sehjal Bhargava, à la réunion du Comité de négociation intergouvernemental (INC-4) en fin d’année dernière.
Je suis un membre relativement discret de l’ACME depuis sa création. En tant que consultant en médecine du travail, en santé environnementale et publique, je suis depuis longtemps conscient des effets des produits chimiques liés à la production de plastique, notamment pour les femmes qui fabriquent des pièces automobiles en plastique. J’ai visité des décharges en Asie du Sud-Est où des familles trient les plastiques pour le recyclage et brûlent le reste, exposant les enfants à des fumées toxiques. Bien que je ne sois pas un expert des microplastiques comme certains autres médecins de l’ACME, j’ai été inspiré par l’exemple de Sharon et Sehjal.
J’ai travaillé avec le guide de discussion de Plastic People. J’ai assisté au webinaire (en anglais) sur les microplastiques et la santé : Les dangers potentiels pour la santé humaine et l’environnement posés par les microplastiques et la complexité de l’évaluation des risques. Je me suis plongé dans les ressources du programme de prévention des expositions toxiques de l’ACME. Une réunion Zoom de préparation et un souper à Alliston (Ontario) ont complété ma préparation pour la projection, organisée par le Comité consultatif environnemental de la Ville de New Tecumseth et Earthfest–New Tecumseth.
Le cinéma communautaire qui accueillait la projection s’est rapidement rempli de résidents désireux d’en apprendre davantage et de partager leurs points de vue sur le plastique. Le film était un mélange extrêmement percutant de science, de préoccupations et de révélations, vu à travers les yeux de l’animatrice et journaliste scientifique Ziya Tong.
Les images fortes venues des quatre coins du monde, les rappels historiques sur les efforts de l’industrie pour imposer les emballages à usage unique afin de maintenir la demande, ainsi que les découvertes de chercheurs de pointe sur les plastiques et la santé, étaient convaincants. La vue d’ensemble du cycle de vie du plastique, de l’extraction pétrolière aux déchets, et la manière dont les microplastiques ont infiltré tout notre écosystème – y compris les corps humains et animaux – étaient frappantes.
Le film met en lumière les principales données, préoccupations et messages d’action que l’ACME et ses alliés diffusent pour inciter les gouvernements à tous les niveaux à agir davantage sur la question du plastique. Bien que le mois de Juillet Sans Plastique se concentre sur les gestes individuels, nous savons que cela ne suffira pas à freiner la production de plastique et l’avalanche d’impacts négatifs sur l’environnement, la santé humaine, notre droit à un environnement sain, et la justice entre les générations.
Des aînés présents dans la salle ont reconnu à la fois la nécessité et les limites du recyclage. Certains ont évoqué la polycrise alimentée par les nouvelles constructions, comme une gigantesque usine de plastique en Alberta. Des jeunes ont souligné à quel point les plastiques jetables font partie intégrante de leur culture, beaucoup ne connaissant rien d’autre. À l’inverse, des jeunes de Bayfield (en Ontario) ont lancé une campagne pour réduire massivement les plastiques à usage unique.
Après la projection de Plastic People, avec Dr Donald Cole (à l’extrême droite)
Quand des membres du public nous ont demandé si nous avions encore de l’espoir, j’ai expliqué que l’espoir et l’avenir sont des choses que nous construisons en permanence. J’ai invité chacun à affronter la complexité des dommages liés aux microplastiques, en reconnaissant qu’aucune réponse unique ne suffira à résoudre un problème d’écosystème éco-social, mais que de multiples petits gestes, avec des partenaires engagés, peuvent ouvrir une autre voie. Le rôle des médecins et de la communauté de défense de l’ACME fait partie intégrante de ce réseau d’action !
Lorsque les dirigeants du monde entier y compris ceux du Canada se réuniront à nouveau, juste après Juillet Sans Plastique, pour négocier un traité mondial contraignant sur les plastiques, il sera impératif d’agir sur les connaissances disponibles concernant les atteintes à l’environnement, les impacts négatifs sur la santé humaine et les injustices systémiques liées au plastique tout au long de son cycle de vie. Documentaristes, communautés locales, Premières Nations et organisations environnementales tirent tous la sonnette d’alarme ensemble.
Allez-vous répondre à l’appel à l’action en ce mois de Juillet Sans Plastique ? Prenez deux minutes pour cliquer ici et envoyer un message aux décideurs fédéraux, pour leur faire comprendre que mettre fin à la pandémie plastique est essentiel afin d’assurer un avenir sain, sécuritaire et juste. En tant que médecin, je sais que les décisions prises aujourd’hui comptent pour l’avenir des humains, de la planète et de toutes les espèces. Le remède préventif le plus puissant, c’est un environnement sain, accessible à toutes et tous.
