L’année 2025, une étape charnière dans la lutte contre les substances toxiques

Tout d’abord, une excellente nouvelle : le 30 janvier dernier, la Cour d’appel fédérale a confirmé qu’Ottawa avait bien le pouvoir de classer les « articles manufacturés en plastique » comme toxiques en vertu de la Loi sur la protection de l’environnement (LCPE).

Concrètement, ce jugement permet au Canada de conserver un outil efficace pour réglementer les plastiques tout au long de leur cycle de vie, de l’étape de production à celle de la mise au rebut.

Pour l’ACME, cette décision est une victoire majeure tant sur le front de la santé publique que sur celui de la prévention, car les médecins sont les premiers témoins des effets néfastes sur la santé des substances chimiques présentes dans les plastiques, associées à des cas de cancers, de troubles de la reproduction, de maladies cardiovasculaires et les problèmes immunitaires. Les études montrent aujourd’hui la présence de microplastiques dans l’organisme humain — sang, poumons, placenta — y compris chez les nouveau-nés, ce qui souligne la pertinence d’appliquer le principe de précaution.

Ce jugement est donc une excellente nouvelle non seulement pour l’environnement, mais aussi pour la santé. Comme l’a souligné Jane McArthur, notre directrice du programme sur les substances toxiques, « cette décision de la Cour permet de préserver un outil essentiel au respect de notre droit à un environnement sain, et ainsi de contribuer à prévenir les expositions nocives pour la santé qui découlent du cycle de vie des plastiques ».

Cette décision est également en phase avec l’opinion publique. Selon un récent sondage, 91% des personnes vivant au Canada souhaitent que le gouvernement fédéral adopte une approche plus prudente à l’égard des plastiques.

En coalition avec plusieurs organisations environnementales, l’ACME avait appuyé les efforts du gouvernement fédéral visant à contrer les tentatives de l’industrie de faire annuler l’inscription des articles manufacturés en plastique sur la liste des substances toxiques.

Pour en savoir plus :

Notre objectif pour 2026

À l’aube de cette nouvelle année, après avoir fait le bilan de ce que nous avons accompli et appris en 2025, nous préparons les prochaines étapes. L’équipe de l’ACME aborde cette tâche avec espoir et optimisme dans une approche toujours axée sur la science et attentive aux défis qui façonnent le paysage politique actuel. Au niveau fédéral, il est indéniable que le processus de décision est aujourd’hui dominé par des considérations économiques et commerciales, ce qui implique pour une organisation comme la nôtre la nécessité de formuler nos messages de manière à ce que nos responsables politiques les comprennent, à savoir : en termes de coûts.

Nous savons que prévenir l’exposition aux substances toxiques issues des combustibles fossiles n’est pas seulement un impératif moral ou de santé publique, mais également un investissement judicieux à long terme qui permettra de réduire les coûts de santé, de protéger les communautés et de faire progresser les droits humains.

C’est pourquoi, cette année, le Programme de prévention de l’exposition toxique de l’ACME continuera de mettre de l’avant un discours porté par les médecins : les combustibles fossiles sont au cœur d’une crise croissante de pollution toxique et celle-ci menace la santé, les droits et l’avenir des populations partout au Canada. Qu’il s’agisse des PFAS, ces  « polluants éternels », des pesticides, des résidus pétrochimiques issus des sables bitumineux et de la fracturation hydraulique, des substances chimiques toxiques dérivées des plastiques ou de la pollution plus générale causée par les combustibles fossiles, chacun de ces enjeux forment un tout. Ils témoignent de l’ampleur de l’exposition aux substances toxiques qui affectent nos corps, notre santé publique, notre environnement et notre quotidien, tout au long de notre vie, à travers ce que nous consommons et l’air que nous respirons.

Pour que les responsables politiques d’aujourd’hui restent attentifs à notre cause, nous continuerons de démontrer que lutter contre l’exposition aux produits toxiques est non seulement la bonne chose à faire pour l’environnement, la santé publique et l’équité en matière de santé, mais qu’elle présente également un intérêt économique évident pour les gouvernements, les systèmes de santé et l’industrie.

Et maintenant, célébrons les accomplissements de l’année 2025 :

Traduire la voix des médecins en pressions politiques concrètes

Faire évoluer les politiques nécessite une pression constante, des voix crédibles et une présence de tous les instants. Et cet automne, l’ACME a été très très présente, notamment au sein de la Coalition pour l’action sur les substances toxiques où nous avons contribué à établir les priorités pour 2026 en nous appuyant sur les succès durement acquis, notamment la modification de la LCPE.

Ce travail de longue haleine s’est concrétisé le 8 octobre à Ottawa, à l’occasion d’un événement co-organisé par l’ACME à l’intention des député(e)s et consacrée au thème de l’impact sur la santé de la pollution plastique et des substances toxiques. Lors de cette rencontre, qui a placé la voix des médecins au centre du débat, l’ACME a rédigé et diffusé un appel à l’action, accompagné d’un manifeste commun des ONG environnementales, avec un message simple mais percutant : prévenir la pollution, c’est prévenir les problèmes de santé, et le Parlement doit agir en conséquence en matière d’exposition aux substances toxiques.

Group photo of Jane, Rick, and Eric in formal clothing smiling at the cameraJane McArthur, directrice du programme sur les substances toxiques de l’ACME, en compagnie de Rick Smith (président de l’Institut climatique du Canada et producteur exécutif de Plastic People) et d’Éric St-Pierre (député – Honoré-Mercier, Québec), lors d’une réception intitulée « S’attaquer à la pollution plastique et toxique » en octobre dernier.

La pollution plastique est un enjeu de santé, pas seulement un enjeu environnemental

La pollution plastique est souvent considérée comme un problème purement environnemental ou lié à une mauvaise gestion des déchets. L’ACME s’emploie à redéfinir cet enjeu pour qu’il englobe un thème trop souvent écarté : la pollution plastique est aussi un enjeu de santé publique.

La lettre ouverte de la Dre Helen Hsu parue dans The Hill Times (en anglais) l’explique clairement. Les plastiques et les « polluants éternels » (PFAS) sont indissociables de l’exposition aux substances toxiques, du risque de maladies chroniques et de l’augmentation des coûts de santé. Son message au gouvernement fédéral? Investir dans la santé implique de mettre fin aux subventions accordées aux grands pollueurs et d’éliminer les plastiques et les produits chimiques toxiques à la source.

Lorsque les médecins s’expriment clairement sur les causes profondes des maladies, les responsables politiques devraient les écouter.

Aligner les politiques sur les connaissances scientifiques en matière de « polluants éternels »

Les PFAS sont présents partout : dans l’eau que nous buvons, dans les produits que nous consommons au quotidien et, de plus en plus, dans le corps humain. Cet automne, l’ACME a fait pression pour que la réglementation rattrape son retard et s’aligne sur les découvertes scientifiques en la matière.

En novembre, nous avons présenté nos recommandations à l’occasion de la consultation fédérale sur les PFAS, appelant à un contrôle plus strict et exhaustif. Parallèlement, l’ACME s’est impliquée au sein de la Coalition pour un budget vert pour appuyer les recommandations visant le financement permanent du Plan de gestion des produits chimiques en vertu de la LCPE et appeler à la création d’un Bureau de la justice environnementale.

Alors que les recommandations budgétaires pour 2026 prennent forme, l’ACME consacre ses efforts à faire en sorte que la réglementation sur les PFAS (et sur l’ensemble des produits chimiques toxiques pour la santé) ne soit pas traitée comme une question marginale mais comme une mesure fondamentale de santé publique. Certaines réformes politiques peuvent sembler techniques jusqu’à ce que l’on examine leurs implications pour la santé. Prenons l’exemple des pesticides!

Assouplir la surveillance des pesticides met la santé en danger

Pour le dire purement et simplement, les pesticides sont présents dans notre alimentation. Des pays comme la France critiquent déjà le Canada pour les pesticides utilisés dans la culture des lentilles, et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Ainsi, quand le gouvernement fédéral a proposé de supprimer les réévaluations cycliques portant sur les pesticides, l’ACME s’est jointe au concert d’alertes lancées par ses partenaires. Une lettre commune adressée au ministre de la Santé, Mark Holland, a mis en garde contre le fait que l’affaiblissement de la réévaluation post-commercialisation prévue par la Loi sur les produits antiparasitaires compromettrait l’une des rares garanties permettant de s’assurer que les pesticides demeurent « acceptables » au regard de l’évolution des données scientifiques.

Pour les médecins, la préoccupation est évidente : des homologations obsolètes ne protègent pas les patient(e)s, en particulier les enfants et les travailleurs et travailleuses agricoles. La réaction de l’ACME a ainsi réaffirmé un principe élémentaire de la médecine préventive selon lequel les politiques publiques doivent évoluer pour s’adapter aux nouvelles données scientifiques.

Faire le lien entre le climat, les substances toxiques et la santé pour la prochaine génération

Former la prochaine génération de leaders dans les domaines de la santé et de l’environnement fait partie du travail de prévention. Et Jane McArthur, notre directrice du programme, adhère à ce principe.

Cette année, l’ACME a introduit dans les universités le thème des plastiques et des substances toxiques en lien avec la santé dans le cadre du cours « Planetary Health Emergency » (Urgence santé planétaire) de l’Université de Colombie-Britannique, ainsi qu’auprès des étudiants de la School of the Environment de l’Université de Windsor. Ce cours a permis de relier l’extraction des combustibles fossiles, les produits chimiques, les changements climatiques et les effets sur la santé afin de former un récit cohérent.

Au-delà des campus, l’ACME s’est également associée à des initiatives d’éducation communautaire, notamment la série de conférences Friends of Tecumseh Forests, afin de partager des ressources sur la biodiversité urbaine, la prévention de l’exposition aux substances toxiques et la santé publique. Ces espaces de discussions sont importants : c’est là que les futures générations de professionnel(le)s de la santé, d’urbanistes et de défenseurs de l’environnement établissent, parfois pour la première fois, des liens entre environnement et santé.

Contester les projets liés aux combustibles fossiles qui menacent la santé des populations

L’exposition aux substances toxiques n’est pas un phénomène isolé : elle est intégrée dans l’infrastructure canadienne des combustibles fossiles, du début à la fin.

L’ACME s’est jointe aux organisations autochtones, environnementales et de santé pour s’opposer aux directives fédérales qui autoriseraient le rejet après traitement des résidus de sables bitumineux dans les cours d’eau. Plusieurs voix influentes issues des communautés autochtones, ainsi que des médecins, ont fait valoir que le déversement de résidus miniers sans étude approfondie était inacceptable, une position relayée par la CBC dans ses reportages nationaux.

Entre les rassemblements pacifiques organisés par la Première Nation crie de Mikisew et la publication, en septembre dernier, du communiqué de presse de l’ACME mettant les gouvernements au défi de prouver que le développement du GNL est sans danger, le message est resté le même : les populations ne doivent pas servir de cobayes pour tester les risques industriels. La protection de la santé doit primer. La crise de pollution toxique est un enjeu de santé publique que nous ne pouvons pas ignorer.

Identifier les personnes les plus exposées : une question centrale pour la justice environnementale et l’équité en matière de santé

L’exposition aux substances toxiques n’est pas répartie de manière uniforme, tout comme ses effets sur la santé.

C’est pourquoi la justice environnementale et l’équité en matière de santé vont de pair.

En décembre, l’ACME s’est jointe à une large coalition regroupant des organisations spécialisées dans le droit, la santé et l’environnement afin de soumettre une contribution officielle auprès de Environnement et Changement climatique Canada visant à faire progresser la justice environnementale. Au niveau national, nous avons également cosigné une déclaration commune, soutenue par 51 organisations, appelant à l’élaboration d’une stratégie forte pour lutter contre le racisme environnemental.

Pour les médecins, ce travail relie directement la réalité clinique à la politique : le lieu de vie des personnes reste un facteur déterminant en matière d’exposition toxique et de risque de maladie.

Bâtir collectivement la résistance pour protéger l’eau, les territoires et la santé contre les changements climatiques et la pollution toxique issue des combustibles fossiles

En mars prochain, le pouvoir citoyen occupera le devant de la scène. Dans le cadre de notre projet Résistance locale aux énergies fossiles, notre responsable de la campagne sur l’extraction des combustibles fossiles, Dakota Norris, se joindra à des leaders communautaires, des gardien(ne)s du savoir, des scientifiques, des expert(e)s juridiques et des défenseurs du territoire pour aborder la crise croissante des résidus miniers et les menaces qui pèsent sur l’eau. Organisée par la Première Nation crie de Mikisew et le groupe Keepers of the Water, cette rencontre sera l’occasion d’apprendre et de partager des stratégies et des idées d’actions collectives fondées sur l’expérience vécue et le leadership autochtone.

Appel à mobilisation : cartographier les risques d’exposition aux substances toxiques afin qu’aucune population ne soit laissée pour compte

La Canadian Coalition for Environmental and Climate Justice a pris l’initiative de dresser un tableau national des communautés vivant à proximité d’industries polluantes et d’usines chimiques toxiques. Un travail qui repose sur les connaissances locales des médecins, des militant(e)s et des partenaires communautaires.

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