L’effet combiné de la pollution toxique, des changements climatiques et de la perte de biodiversité est une menace pour le bien-être social et économique. Au Canada, ce triple problème découle notamment de la surdépendance aux pesticides (herbicides, insecticides et fongicides compris), qui sont utilisés principalement en agriculture, mais aussi en foresterie, en jardinage et dans d’autres domaines. Les pesticides contribuent à la perte de biodiversité et à l’émission de gaz à effet de serre (GES), en plus d’être associés à de graves problèmes de santé, dont des cancers, des anomalies de la reproduction, des troubles du développement et des affections neurologiques.
L’incidence des pesticides sur la santé humaine n’est pas un risque acceptable
L’exposition aux pesticides est associée à certaines formes de cancer, à des troubles de la reproduction, au lymphome non hodgkinien, à la maladie de Parkinson et à d’autres affections. Plusieurs recherches ont étudié leur présence dans le corps de personnes enceintes, le liquide amniotique, le cordon ombilical et le lait maternel. Au Québec, des traces de pesticides ont été détectées chez 98,7 % des enfants à l’étude. De plus, on a découvert que le DDT (pourtant interdit depuis longtemps) est encore détectable dans le lait maternel des femmes inuit. Des familles agricoles ontariennes exposées à l’herbicide glyphosate ont quant à elles connu davantage de fausses couches et de naissances prématurées. En outre, une étude cas-témoin réalisée dans les comtés d’Essex et de Kent, en Ontario, montre que les agricultrices présentent un risque accru de développer un cancer du sein.

Comment l’ACME intervient-elle?
Le plaidoyer et l’action de l’ACME à l’égard des pesticides remontent aux tout premiers débuts de l’organisation et se poursuivent encore aujourd’hui. Nous appuyons des campagnes contre les pesticides à divers endroits au Canada. Nous intervenons auprès des médias et du gouvernement pour commenter, sur la base de nos recherches, les questions émergentes et les nouvelles consultations liées aux pesticides. Nous participons à des séances organisées par l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) de Santé Canada et promouvons le travail d’autres organisations jouant un rôle plus actif dans la lutte contre les pesticides. Enfin, nous contribuons à l’amélioration des lois et des règlements sur les produits antiparasitaires en signant des déclarations communes et en soutenant des campagnes régulièrement.
Que réclame l’ACME?
L’ACME milite en faveur de l’adoption de cibles de réduction au Canada, telles que l’objectif de l’Union européenne visant à réduire de moitié l’utilisation de pesticides sur son territoire d’ici 2030. Actuellement, les défenseur(e)s de l’environnement, de la faune, de la forêt, de la conservation de la nature et de l’agriculture sont en contact avec le gouvernement pour lui demander de prioriser l’action climatique, de protéger la biodiversité et de réduire les émissions de GES. La diminution de l’usage de pesticides est un sujet au cœur des discussions. Les principes de la justice environnementale devraient sous-tendre notre façon d’aborder les produits antiparasitaires, non seulement dans la mise en place de politiques fondées sur le respect mutuel et la justice universelle affirmant le droit à un milieu de travail sain et sécuritaire, mais aussi dans la réalisation d’une transition équitable pour les communautés affectées.

De surcroît, la prévention des méfaits devrait figurer en tête de liste des priorités. Les géants de l’agriculture lèvent souvent le nez sur les substituts sécuritaires et efficaces ainsi que sur les solutions antiparasitaires naturelles, et ce, malgré les avantages pour la santé humaine, animale et environnementale. À ce chapitre, le manifeste de la revue The Lancet pour « une planète qui nourrit et soutient la diversité de la vie avec laquelle nous coexistons et dont nous dépendons », de même que les déterminants de la santé planétaire et les méthodes de collectes des savoirs autochtones, méritent d’être pris en compte.
Pour reprendre les mots de Robin Wall Kimmerer, scientifique autochtone : nous réclamons « une économie qui respecte la vie au lieu de la mettre en péril ».
L’action du gouvernement dans la lutte contre les pesticides
L’ARLA de Santé Canada a reçu le mandat d’assurer une meilleure protection de la population canadienne contre les risques associés aux pesticides, après des années de rapports et de couverture médiatique dénonçant l’incapacité de l’Agence à protéger la santé environnementale.
En outre, le Canada doit prendre de nouvelles mesures pour donner suite à ses engagements en tant que signataire du Cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal,¹ surtout à l’égard de la cible no 7. Cette dernière appelle les parties à « éduire les risques liés à la pollution et les incidences négatives de la pollution provenant de toutes les sources d’ici à 2030 en réduisant au moins de moitié les risques globaux liés aux pesticides et aux produits chimiques particulièrement dangereux » et « en prévenant la pollution plastique, en la réduisant et en s’employant à l’éliminer ».
Le plan de transformation de l’ARLA et les modifications à la Loi sur les produits antiparasitaires devraient se ranger du côté de la santé humaine et interdire l’emploi de pesticides dangereux. Les risques pour la santé sont incompatibles avec notre besoin d’aliments sains, de communautés et de main-d’œuvre en santé et d’une planète où il fait bon vivre.
¹ https://www.cbd.int/doc/decisions/cop-15/cop-15-dec-04-fr.pdf
