Déclaration commune : L’influence de l’industrie chimique démantèle la liste des PFAS au Canada

ENVIRONMENTAL DEFENCE, ECOJUSTICE, CANADIAN ASSOCIATION OF PHYSICIANS FOR THE ENVIRONMENT (CAPE), BREAST CANCER ACTION QUEBEC

Montréal | 18 juillet 2024En mai 2023, le gouvernement fédéral a proposé d’inscrire l’ensemble de la catégorie des Substances per- et polyfluoroalkyles (PFAS) sur la liste des substances « toxiques » en vertu de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement (LCPE). L’inscription des PFAS en tant que catégorie permet au gouvernement de prendre des mesures réglementaires visant à restreindre et à interdire ces « produits chimiques à vie » extrêmement dangereux. 

Aujourd’hui, le gouvernement est revenu sur sa proposition en retirant de la catégorie proposée les substances fluoropolymères, une forme de PFAS largement utilisée dans des produits tels que les plastiques et les textiles. En plus d’affaiblir l’approche du Canada en matière de lutte contre ces polluants mondiaux, cette décision repousse de plusieurs mois les échéances réglementaires, ce qui signifie que les personnes vivant au Canada continueront d’attendre les mesures fédérales nécessaires pour les protéger contre ces polluants toxiques omniprésents et persistants. Il ne s’agit pas d’un pas en avant, comme le prétend le Canada, mais d’un pas en arrière dans la lutte contre les PFAS.   

Cassie Barker, gestionnaire principale de programme pour les substances toxiques chez Environmental Defence :

« Il est décevant de constater qu’alors que de plus en plus de preuves des effets néfastes des PFAS apparaissent, le Canada fait traîner l’élimination des PFAS, qui est une nécessité urgente. Cette catégorie massive de « produits chimiques éternels » persistants nuit à l’environnement et rend les gens malades. Alors que d’autres juridictions avancent dans la lutte contre les PFAS, le Canada cède aux pressions de l’industrie chimique qui veut continuer à tirer profit des dommages. »

Elaine MacDonald, directrice du programme « Communautés en santé » chez Ecojustice :

« L’industrie chimique a faussement prétendu que les PFAS étaient sans danger tout en dissimulant leurs effets néfastes pendant des décennies. Alors que les scientifiques tentent d’identifier les PFAS présents sur le marché, cachés dans nos produits et contaminant notre eau potable, l’industrie continue d’entraver et de retarder les tentatives de réglementation des PFAS en faisant de fausses déclarations de sécurité et en donnant des justifications trompeuses concernant l’utilisation des PFAS. »

Dre Lyndia Dernis, anesthésiste, Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME) :

« Chaque jour où l’on tarde à prendre des mesures concernant les PFAS est un jour de plus où les gens sont confrontés au risque de dommages potentiels pour leur santé causés par cette catégorie de « produits chimiques à vie » omniprésents. Les retards se traduisent par un fardeau accru de maladies et de décès futurs, avec des impacts négatifs sur le plan financier, émotionnel et sur la capacité du système de soins de santé. L’ACME a défendu les changements apportés à la LCPE pour donner la priorité aux substances les plus toxiques et tout affaiblissement des PFAS en réponse à la pression de l’industrie est un pas en arrière pour la santé publique et la justice environnementale. »

Jennifer Beeman, coordonnatrice des programmes et des plaidoyers, Action Cancer du sein Québec :

« La réglementation des PFAS en tant que catégorie est essentielle pour la protection de la santé publique. Bien que les plus grands scientifiques mondiaux spécialisés dans les PFAS aient poussé les autorités réglementaires à traiter cet énorme groupe de produits chimiques comme une seule catégorie, le gouvernement fédéral a réédité son évaluation des risques liés aux PFAS en excluant les polymères fluorés. L’élaboration de ce processus réglementaire est en cours depuis trois ans et continuera de s’éterniser avec de nouvelles séries de consultations et des tactiques de retardement de la part des lobbyistes de l’industrie. Le gouvernement fédéral doit résister aux fausses allégations de l’industrie, continuer à maintenir sa définition de la classe des PFAS et protéger le processus réglementaire de l’ingérence de l’industrie. L’industrie n’est pas en mesure de fournir des données de sécurité sur l’ensemble du cycle de vie des polymères fluorés. C’est la précaution qui doit conduire à une réglementation protectrice, et non les puissants lobbies qui veulent continuer à polluer pendant que le reste d’entre nous en paie le prix. »

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Contexte

  • Les PFAS constituent une classe de près de 15 000 produits chimiques qui ne se décomposent pas en raison de leur forte liaison fluor-carbone. 
  • L’industrie connaît les méfaits de cette classe de produits chimiques PFAS depuis des décennies et a caché ses données aux autorités de réglementation et au public. Alors que l’industrie fait des milliards de profits avec les PFAS, le monde encourt des million de milliards de dollars en coûts de santé et de nettoyage. Le coût estimé pour le Canada s’élève à 9 milliards de dollars.
  • 98 % des Canadien.ne.s ont des PFAS dans le sang. 
  • Les PFAS sont présents dans l’air, la pluie, les espèces, l’atmosphère et l’eau dans tout le Bassin des Grands Lacs, qui fournit de l’eau potable à 60 millions de personnes. 
  • Les PFAS nuisent à notre santé et ont été associés à la mortalité cardiovasculaire et aux cancers, ainsi qu’aux risques de cancer des testicules, aux lésions hépatiques, au faible poids des bébés à la naissance, aux maladies thyroïdiennes, aux effets sur le système immunitaire et à l’asthme. Les médecins sont désormais formés à l’identification et au traitement des patients exposés aux PFAS.
  • Les jeunes et les membres des Premières Nations du Nord subissent des préjudices et des expositions plus importants, et les pompiers meurent plus souvent de cancers liés aux PFAS.
  • Les fluoropolymères comptent parmi les plus grandes productions et applications de PFAS, alors qu’ils sont utilisés dans les produits en plastique et se retrouvent dans le contenu des plastiques recyclés, et sont une source importante et bien documentée de contamination environnementale et d’émissions de gaz à effet de serre. Les fluoropolymères sont incorporés dans les textiles, les ustensiles de cuisine et l’électronique, et ils se retrouvent également dans les produits et emballages en plastique – y compris les conteneurs alimentaires, qui ont été fluorés pour que le plastique fonctionne comme souhaité.  
  • Les allégations de l’industrie concernant la sécurité générale des fluoropolymères n’ont pas été démontrées, en particulier dans les contextes de production, de traitement et d’application, où ils peuvent produire et libérer des PFAS nocifs connus tels que le PFOA. 
  • Cette analyse indique qu’il n’y a « aucune raison scientifique de conclure que les polymères fluorés sont peu préoccupants pour l’environnement et la santé humaine ». 
  • Des tests effectués récemment sur des gants pour enfants montrent que des produits enduits de fluoropolymères et contenant de l’APFO sont vendus au Canada. 
  • Les PFAS sont absorbés par la peau à des niveaux plus élevés qu’on ne le pensait auparavant.  
  • Selon un récent sondage, quatre personnes sur cinq au Canada souhaitent que des mesures réglementaires soient prises à l’égard des PFAS.
  • Des produits encontact avec les aliments contiennent des PFAS.  
  • De nombreuses marques ont déjà renoncé aux PFAS dans leurs produits. 
  • The class of PFAS is also highlighted in the most recent G7 communique as a priority, and Canada will host the G7 in 2025. 
  • En juin, la Colombie-Britannique a lancé une action collective contre 12 producteurs de PFAS afin d’obtenir le remboursement des coûts massifs de nettoyage et de traitement de l’eau potable auxquels elle doit faire face. Ils rejoignent ainsi le gouvernement fédéral et les États américains qui cherchent à responsabiliser les pollueurs.
  • D’autres juridictions (États-Unis, Union européenne) mettent en place des interdictions basées sur les produits et des normes contraignantes pour l’eau potable. Elles rejettent les données scientifiques biaisées de l’industrie et renforcent le consensus scientifique sur cette question.
  • Une action globale sur les PFAS, y compris les fluoropolymères, sera essentielle pour les travaux sur les produits chimiques préoccupants en cours dans le cadre du Traité mondial sur les plastiques, qui nécessite à la fois le leadership du Canada et sa préparation à une mise en œuvre nationale. 
  • Le dernier communiqué du G7 fait également de la catégorie des PFAS une priorité, alors que le Canada accueillera le G7 en 2025. 

Voir notre fiche d’information pour plus d’informations

Contacts médias :

Patricia Clermont
Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME)
patricia@cape.ca

 

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